lundi, 07 janvier 2008
Il neige à Viareggio
Deux cappuccinos posés là,
A même le marbre givré,
Libres volutes par dessus les toits enivrent d'odeurs subtiles la mousse écrue,
Réchauffent tendrement l’atmosphère hivernale,

L’arrondi parfait de la petite table impose sans pudeur sa lourde masse sur l’élégant pied aux arabesques graciles,
Le plateau de marbre exhibe ses brillances en fugaces éclats de cristaux de givre,
Sur la terrasse vide,
A l’ennui,
Seules quelques chaises empilées du souvenir d’un été d’affluences chaleureuses,
Sculpture instable en mal d’originalité,
Prête à tout rompre sur les larges dalles de pierre aux reflets de beige-rosés,
De bruns d’ocres et de gris,
Erodées, stigmates des temps mauvais,
Ce fantomatique espace ourlé d’épais massifs de lauriers roses confond ses flancs dans les brumes salées de la mer Thyrénéenne dont les reflets d’argent empruntés, pour un jour, aux largesses grises des amples mers du Nord, flattent gracieusement les pourtours,
La mer a froissé ses lames de plomb,
Mis sa robe de velours frappé,
Agrippé l’épaisseur hivernale,
Confondu le pâle soleil de pauvres rougeoiements,
Timide astre s’évertuant d’imposer le jour montant aux regrets des vifs ardents d’estives réminiscences,
Ses faibles lueurs saluent mollement le passage jauni des rideaux de flocons neigeux,

Abondantes éphémères,
Tournoyeuses afférées,
Les pucelles rieuses s’agitent à tout vent avant de se fondre, cristallines,
À la houle laiteuse,
Aux écumes goulues,
Disparues sous les ventres du lourd ressac d’anthracite et d’ivoire,
La mer cogne ses rythmes profonds au quai glacé,
Hurle, silencieuse, ses abysses aux échos souverains,
la serveuse à l’ombre brune se déhanche, lascive,
Et rentre à l’intérieur les tasses vides,
Grelottante…
dimanche, 16 décembre 2007
Joyeux Noël et bonne année !
Un petit break, le temps de laisser passer les fêtes,
pas le temps en ce moment...speed de partout + grosse fatigue,
je vous souhaite à toutes et à tous de joyeuses fêtes de fin d'année,
( même si on se marre pas toujours...),
et je vous dis, à très bientôt , pour le plus grand plaisir !!
lundi, 10 décembre 2007
Et vous ?
J’aime à croire que, fondamentalement, l’homme n’est ni bon ni mauvais, si tant est que bien et mal possèdent un sens au-delà de la morale,et que sa cruauté ou sa petitesse n’ont d’égale que sa souffrance…
En l’état, c’est ainsi que je regarde l’existence et les autres,
Sans doute s’agit-il d’une croyance plutôt que d’une pensée,
Sans doute la raison m’amènerait-elle vers d’autres chemins,
J’ai choisi de croire en l’homme,
Malgré un monde qui nous vomit à la gueule trop souvent l’inverse,
Malgré le scepticisme, l’incrédulité, la soif de pouvoir,
Parfois je me sens seule, décalée,
Quand la naïveté et l’insouciance deviennent pour certains les tristes cousins de la niaiserie ou de l’imbécillité,
Pourtant je garde la tête haute, fièrement,
Ni naïve, ni insouciante,
C’est un choix difficile…
et vous, vous voyez "ça" comment ?
jeudi, 06 décembre 2007
Dans l'âtre...
...Le feu chuchotait à peine entre ses braises
De vif-argent recouvertes,
Couvées mignonnes des flammèches
Feux-follets aux contours irisés,
Presque inaudibles,
Les morsures rougeoyantes ont taillé une voûte sous les bûches,
dans la danse survoltée,
Pas chassés des folles ondulantes,
Attaques vives en les chairs des bois tendres,
Coupables innocents posés là,
Plongent leurs fines lames,
Incandescentes, au cœur des fibres,
En lèchent les pourtours,
Indécentes coquines,
La longue bûche cède et s’entrave,
Craque et se fend dans la plainte subite et lourde,
Massive, s’écroule et se tord,
De drôles de têtes apparaissent,
Fantomatiques hologrammes,
Une tortue aux lippes de feu,
Au torse viril crépitant joyeusement,
De-ci,de là,
Besogneuses, les folles flammes s’esquivent,
S’enfilent,drues,
Le long des bûches couvertes de cendre,
Dans un dernier râle, se contorsionnent,
Exhibent, tel un monstrueux Cyclope en Erèbe,
Le dernier feu,
L’ultime agonie,
Dans le lit tiède des cendres qui s’apaisent enfin…
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lundi, 03 décembre 2007
Mouvement vital
« Un nouvel équilibre du repos et du mouvement ne saurait être atteint que si nous traversons les zones dangereuses ;
malgré tout, le repos réside en notre fort intérieur, et en la paix des forêts, là même où nous fendons l’espace à la vitesse des navires » ,
Ernst Jünger évoque l’équilibre entre mouvement, élan vital, et repos, paix intérieure ;
Le balancier de l’horloge,
maintenu en mouvement perpétuel grâce aux poids et pendules, oscille dans cet aller-retour de l’intérieur vers l’extérieur, puis de l’extérieur vers l’intérieur, en déplacements continus et réguliers de volume et de poids, comme un souffle de vie,
La spirale et sa verticalité symbolisent et ponctuent l’écoulement du temps, dans un mouvement ascensionnel en aller-retour,là aussi ; figure associée à la vie et à la fertilité, formatrice de l’univers, comme l’horloge et son balancement régulier, la spirale initie le mouvement vital,
Le sablier, mouvement de passage du plein au vide et vice-versa, 
Partir des éléments extérieurs, de façon concentrique, pour parvenir à l’intériorité qui, dans cette même et unique respiration, va refléter la lumière intérieure pour iriser l’en –dehors,
Voir dans le geste de l’Autre le miroir de sa propre lumière…

Oser le non-savoir et l’oubli pour créer, non pas l’ignorance, mais l’exercice difficile d’un commencement de liberté,
Oser le cœur de l’être, même s’il n’est qu’errance…
vendredi, 30 novembre 2007
Larmes d'ambre
Il était une fois, Hélios, le dieu Soleil.
Hélios eut un fils, Phaëton, et sept filles, les Héliades.
Hélios parcourait chaque jour le ciel dans son char de feu, depuis l’orient jusqu’à l’occident.
Un jour,Phaëton, mis au défi par un compagnon railleur, dut prouver qu’il etait bien le fils d’Hélios ;
pour ce faire,il entreprit de conduire le char de feu de son père : les chevaux, d'ordinaire dociles,s’emballèrent,rétifs, et le char incontrôlé devint une menace pour les dieux et les astres,
le chauffard
imprudent enflamma la terre et manqua de détruire l’univers.
Zeus intervint :Il foudroya Phaëton et le précipita à jamais dans le fleuve Eridan ( le Pô).
Les Héliades, inconsolables, pleurèrent leur frère au bord du fleuve et se transformèrent en peupliers ;
Selon le poète Ovide, lorsque les Héliades, filles d'Hélios furent métamorphosés en aulnes et en peupliers, elles continuèrent de pleurer la mort de leur frêre, Phaéton. Leur mère tenta de les sauver et commença à arracher les écorces qui recouvrait leurs corps, alors elles la supplièrent :
« Pitié ma mère, je t’en supplie ! C’est notre corps qui, avec l’arbre est déchiré. Et m
aintenant adieu ! L’écorce vient étouffer leurs dernières paroles. Il en coule des pleurs, et goutte à goutte, se solidifie l’ambre, né des rameaux nouveaux. Le fleuve transparent le recueille et l’emporte aux femmes latines qui s’en pareront ».
leurs larmes prirent l’aspect d’un liquide doré comme le soleil ;
Elles pleuraient des gouttes d’ambre…
Magique, divin, l’ambre est chargé de légendes : il contient la lumière du monde, il est les larmes des oiseaux de mer…
Mis autour du cou des nourrissons, il les protège, apaise leur sommeil et leur donne énergie, vigueur ;
Les dieux aiment son parfum lorsqu’il se consume ;
Les Gaulois le portaient en talismans, les Romaines dans leurs chevelures pour éloigner les esprits malins, il éloigne les Djinns, êtres malfaisants au Maroc…
En Grec, « ambre » se dit « alectron
», étymologie du mot « électricité », du fait de ses propriétés électrostatiques, découvertes par Thalès (le fameux théorème casse-pieds…) ;
L’ambre, résine fossilisée, résulte d’un long processus de fossilisation de dépôts végétaux comme feuilles, bois, pollens … et animaux comme plumes, insectes…,
La résine des végétaux c
onserve ces inclusions et se transforme en ambre après…
Des millions d’années !
De miel à rougeâtre, l'ambre flirte avec la lumière pour se parer de toutes les élégances que ses petites bulles vont flatter en douceur…
à en faire pleurer les filles du soleil et les oiseaux de mer...
mercredi, 28 novembre 2007
Equilibre précaire et Editions Filaplomb
Profitant de ce qu’Eric, aimablement, publie ma note « Droit au logement opposable » sur le blog Equilibre précaire, je voudrais vous en redire un mot :
Parce que communiquer, partager, échanger, nous enrichit tous,
Eric, Crise dans les médias, a initié, en septembre, un blog collectif, où chacun de nous peut parler, témoigner, autour de cette question importante qu’est la précarité, tant au niveau du travail que des différents aspects de la vie sociale ;
il privilégie les témoignages, l’actualité du travail, et plus largement, il évoque tous les aspects de la précarité ;
Cette aventure collective, soutenue par une charte des rédacteurs, est nourrie par ceux qui s'expriment sans esprit partisan, avec le seul souci d'ouvrir le dialogue avec les lecteurs.
Un sujet sérieux, pas forcément traité pour autant de manière ennuyeuse ou pontifiante,
une expérience riche de partages à laquelle chacun de nous peut contribuer, alors, n’hésitez pas à aller y « faire un tour » et, pourquoi pas, à proposer des écrits pour ce blog !
Les grands médias ont délaissé ce thème au profit du people, de la communication et des dossiers sur l'immobilier.
Et si les blogs bousculaient cet "équilibre précaire"?"
Et puisque j'en suis à parler de belles expèriences, un autre "mot" pour celle des Editions Filaplomb, que nous sommes nombreux à connaitre, et pour laquelle je me permets de reprendre le texte de Céleste, qui, de sa plume d'or, décrit si bien toute chose ( je suis sûre qu'elle ne m'en voudra pas) :
Recommandé par des Influenceurs

" Nées de la volonté (acharnée) de Phil, un talentueux blogueur, les Editions Filaplomb viennent d’ouvrir.
Elles proposent des textes courts, des nouvelles, sous la forme de petits livres d’une vingtaine de pages, que l’on glisse dans sa poche ou dans son sac et que l’on dévore d’une traite.
« La nouvelle (…) est faite pour être lue d’un coup, en une fois » écrivait André Gide
Bien que peu valorisée dans l’hexagone, la nouvelle n’a rien d’un art mineur.
Chaque livre des Editions Filaplomb est une petite fenêtre sur le monde, la découverte d’un regard nouveau, d’une sensibilité.
C’est l’occasion de découvrir d’autres auteurs, qui ne sont pas ceux que les grandes maisons d’édition sélectionnent en fonction de critères dont souvent le talent et l’originalité de la pensée sont exclus, laissant place à la rentabilité, à la facilité.
Vous avez un train à prendre, peu de temps pour lire, des cadeaux intelligents à faire (Noël approche), un clic, deux clics, trois clics et quelques jours plus tard le facteur dépose dans votre boîte aux lettres un joli petit bouquin tout beau tout neuf qui ne demande qu’à être dévoré.
Ce faisant, vous aurez aidé une jeune entreprise ambitieuse et permis à une autre parole d’être lue et considérée."
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samedi, 24 novembre 2007
Droit à la tendresse opposable...
Délicieusement vulnérables,

Touchés en plein vol par la tendresse,
De cœur de pierre à cœur de chair,
Passerelle d’entre les corps,
Si tendres gestes, si tendres mots,
Regards si doux,
« Faites donc pleuvoir sans cesse au fond de nos cœurs des torrents de tendresse pour que règne l’amour jusqu’à la fin des jours… »

« Qu’est-ce donc que toute notre tendresse ?
Rien.
Qu’une petite vague qui racle sur la terre et s’en retourne à la haute mer… »
jeudi, 22 novembre 2007
Droit au logement opposable
Suite à la mobilisation médiatique des Enfants de Don Quichotte, qu’en est-il aujourd’hui du " droit au logement opposable " ?
Je vous présente un résumé du projet de décret d’application de la loi du 5 mars 2007, approuvé par son comité de suivi du 14 septembre 2007, et dont les ASH (Actualités Sociales Hebdomadaires) se sont procuré une version énoncée dans leur dossier spécial " Le logement des personnes défavorisées " d’octobre 2007 dont je résume ici les termes :
Bref historique
1990 : la loi Besson reconnaît à toute personne où famille ayant des difficultés particulières, financières ou sociales, le droit d’accéder à un logement décent et indépendant ou de s’y maintenir (Art.1er) ;
1995 : le Conseil Constitutionnel pose le principe selon lequel " la possibilité pour toute personne de disposer d’un logement décent est un objectif de valeur constitutionnelle " ;
2004 : le Haut Comité pour le logement des personnes défavorisées affirme la nécessité de reconnaître dans la loi l’opposabilité du droit au logement ;
2006 : face à la mobilisation et à l’association Les Enfants de Don Quichotte, la loi du 5 Mars 2007 instaure un droit au logement et à l’hébergement opposable, autrement dit ,la faculté pour les mal logés de pouvoir se retourner contre l’Etat pour obtenir un logement, dans le cadre d’un recours gracieux ou contentieux.
La loi prévoit sa mise en place progressive dans un délai de 5 ans, et pose
donc le principe de la garantie par l’Etat du droit à un logement décent et indépendant.
Concrètement, la procédure se déroulera en deux temps :
-d’abord, un recours amiable devant une commission départementale de médiation,
-ensuite, et si démarche n’aboutit pas au relogement, un recours contentieux dirigé contre l’Etat.
LE DROIT AU LOGEMENT OPPOSABLE
- le recours amiable
-
Une commission départementale de médiation statue sur le caractère prioritaire des demandes de logement social non satisfaites par les bailleurs sociaux ;
Une commission de médiation doit être instaurée dans chaque département avant le 1er janvier 2008.
Elle pourra être saisie par toute personne qui, satisfaisant aux conditions réglementaires d’accès à un logement locatif social (logement HLM), n’a reçu aucune proposition adaptée en réponse à sa demande de logement, dans le délai " anormalement long " fixé par arrêté préfectoral ;
La commission pourra également être saisie, et cette fois sans condition de délai, par cinq autres catégories considérées comme " les plus prioritaires ", à savoir les personnes :
-dépourvues de logement
-menacées d’expulsion
-hébergées temporaires
-logées dans des locaux insalubres ou dangereux
-logées dans des locaux suroccupés ou indécents.
Le demandeur , qui pourra être assisté par une association, au moyen d’un formulaire, précisera son identité, l’objet et le motif de son recours ainsi que ses conditions de logement ;
L’accusé de réception fera débuter le délai imparti à la commission pour rendre sa décision ;
La commission peur exiger des organismes bailleurs les informations et les motifs invoqués pour expliquer l’absence de proposition de logement ;
Dans un délai de 3 mois, elle doit désigner les demandeurs prioritaires et auxquels un logement locatif social doit être attribué en urgence ;
Elle notifie par écrit sa décision motivée à l’intéressé et transmet au préfet la liste des demandeurs prioritaires ;
Charge à ce dernier, après avis des maires des communes, de désigner chaque demandeur à un bailleur social et de fixer le délai imparti à ce bailleur pour loger l’intéressé ;
En cas d’inaction du bailleur, la préfet pourra alors procéder directement à l’attribution du logement .
-
- Le recours contentieux
Le demandeur, reconnu priorit
aire par la commission de médiation pour un relogement d’urgence, pourra introduire un recours devant la juridiction administrative s’il n’a reçu une offre de logement dans un délai de 3 à 6 mois après réception de la notification de la décision de la commission ;
Ce recours sera ouvert à partir du 1er décembre 2008 pour les " plus prioritaires ", et à partir du 1er janvier 2012 pour les autres catégories de demandeurs,délai imparti pour la construction de logements...
Le juge (président du tribunal administratif) devra statuer " en urgence " dans les 2 mois suivant sa saisine ;
S’il confirme que la demande a bien été reconnue prioritaire et qu’un logement n’a pas été attribué, il ordonne le relogement de l’intéressé par l’Etat ou …un accueil dans une structure d’hébergement, établissement de transition, foyer-logement, résidence hôtelière à vocation sociale ;
Il aura également la faculté de condamner l’Etat à une astreinte financière pour le contraindre à exécuter sa décision, astreinte dont le produit sera versé à un fonds régional d’aménagement urbain ;
Le demandeur pourra également demander une indemnisation .
LE DROIT A L’HEBERGEMENT OPPOSABLE
Créé au profit des personnes les plus défavorisées résidant de façon régulière et permanente sur le territoire français ;
En gros, même procédure que précédemment, seuls les délais changent :
Recours amiable : saisine de la commission de médiation sans condition de délai pour les demandeurs d’hébergement d’urgence ;
Transmission au préfet des dossiers prioritaires dans un délai de 6 semaines , puis recours contentieux passé ces 6 semaines, en cas d’insatisfaction,
Le juge devra ordonner dans les deux mois à l’Etat de reloger l’intéressé dans une structure d’hébergement et pourra assortir son ordonnance d’une astreinte financière…
Que de délais, de procédures, d’instances, pour dire, redire et confirmer que des pauvres gens vivent dans des conditions misérables et qu’il est nécessaire de les (re)loger,
On a l’impression d’une diffusion de la responsabilité entre Etat,communes,bailleurs sociaux, préfectures,pour diluer,augmenter les délais,face à la fois aux non-réponses institutionnelles vis à vis de la demande et aux pressions politico-médiatiques croissantes,
Sans garantie de résultat, au final, une indemnisation en fin de procédure pour tous ceux qui ne seraient pas relogés ? ?
Je ne sais pas ce que vous en pensez, et je ne voudrais pas faire, une fois encore, figure de mauvais esprit, mais ça me fait un peu penser à la B.D de Binet, les Bidochons " les assujettis sociaux "…pourvu que je me trompe !
lundi, 19 novembre 2007
Demain, je fais grève...
Demain, comme des milliers de gens,
Je suis en grève…
Pourtant, mes conditions de travail ne sont pas parmi les plus contraignantes ou les plus pénibles :
Je travaille à quelques minutes de mon domicile, j’ai négocié un temps partiel qui me permet de bénéficier de mes mercredis, et j’effectue, compte tenu des « 35 heures », un temps de travail hebdomadaire de 30 heures 45 : premier bilan plutôt satisfaisant ;
Pour ce travail, avec 26 années d’ancienneté, niveau Bac + 3, je gagne 1800 euros net mensuel sur 12 mois, assorti d’une prime versée une fois l’année d’environ 1300 euros, si je ne suis pas malade ;
Fort heureusement, je ne vis pas seule, et il faut bien un deuxième salaire, plus conséquent, pour vivre à quatre, assumer les charges courantes, la maison…car à lui seul, mon salaire ne suffit pas à couvrir l’intégralité des dépenses courantes, loin de là !
Mon activité : Assistante sociale en service de pédopsychiatrie, employée par un hôpital général, statut fonction publique hospitalière ;
J’exerce sur 3 sites qui couvrent un secteur géographique d’un tiers du département, et me déplace sur chacun de ces sites, chaque semaine, dans un véhicule de fonction en mauvais état, sans parc de stationnement sur place, en « co-voiturage » avec mes collègues, donc astreinte aux mêmes horaires de travail ;
Le premier site a été rénové il y a quelques années, et je dois partager mon bureau avec orthophoniste ou psychologue, en fonction des jours de présences respectives, ma documentation restant dans un seul et même bureau ;
Le deuxième site m’accueille en fonction des disponibilités en locaux,
Quand au troisième site, situé le long de la voie ferrée, très sonore, froid l’hiver (jusqu’à 12 degrés notés car très mal isolé) et baigné d’odeurs nauséabondes de reflux de toilettes, il est quasiment impossible de travailler, faute d’espace, de confidentialité, et du manque de moyens : entre autres,une seule et unique ligne téléphonique avec 2 accès pour l’ensemble de l’activité…
Seule dans ma fonction, je dois répondre à l’ensemble des difficultés sociales sur ce secteur très étendu, avec des missions de prévention de lutte contre la précarité et l’exclusion, la protection de l’enfance,l’intégration des enfants en milieu scolaire ordinaire ou spécialisé ;
Mes partenaires : Médecins de ville, services sociaux, PMI, Aide sociale à l’enfance, Tribunaux, gendarmerie, services sociaux et médecine scolaires, Maison du handicap, établissements de l’aide sociale à l’enfance, établissements de l’éducation spéciale, services de relogement….
Il faut savoir que les découpages géographiques de ces diffèrents partenaires ne correspondant pas aux secteurs de la psychiatrie, ce qui a pour conséquence de multiplier, donc de complexifier, les interventions et le travail de liaison…
Je cours donc, de droite et de gauche, avec la désagréable sensation de faire « du saupoudrage » plutôt qu’un réel travail d’accompagnement…nous serions 2, voire 3, sur ce secteur (comme dans certaines régions de France, mieux loties, le sud, l’Alsace..)
Ce qu’il faut savoir :
Le ratio du budget alloué à la santé mentale par rapport à celui de la santé est l’un des plus faibles en Europe ;
Les services MCO (médecine, chirurgie, obstétrique) ont priorité de moyens puisque l’hôpital d’aujourd’hui est aux prises avec les notions de rentabilité et de profit,
Le souci d’économie est devenu une priorité absolue par rapport à celui de la qualité des soins…
Pour en revenir à mon travail :
3 médecins dans le service pour 6 postes : impossibilité de recrutement, manque de psychiatres,
Sur les 3 médecins présents, un seul est pédopsychiatre, c'est-à-dire spécialisé pour traiter des pathologies de l’enfance, et les deux autres, d’origine maghrébine, se forment en cours d’exercice…
si je souligne leur origine, c’est simplement parce que l’administration les rémunère moins avec la même exigence de compétence !
Enfin, il s’agit d’un service gratuit pour l’usager, ce qui occasionne des délais d’attente avant une consultation initiale de…3 à 6 mois, sauf urgence, laquelle, en santé mentale, reste très complexe à évaluer…
Alors, voilà : même si je rentre chez moi à 17 heures, même si je fais des tartines au goûter de mes filles le mercredi, je considère que mes conditions de travail ne sont pas satisfaisantes car :
- elles ne répondent pas aux exigences de professionnels soucieux de leur éthique – il y en a aussi dans la fonction publique, des gens consciencieux, et un bon nombre !-
- on ne travaille pas pour « faire joli » mais pour apporter des réponses adaptées, suivies et cohérentes aux difficultés des usagers, de plus en plus, il faut le savoir, précarisés : les problèmes sociaux, les carences socio –éducatives, le chômage, l’exclusion, font le lit des difficultés relationnelles, de la violence, de la dépression et des pathologies mentales parfois…
- les délais d’attente sont inadmissibles, les situations se dégradent, allant parfois jusqu’à l’hospitalisation, jusqu’au suicide…
- les médecins sont en sous-effectif, mal payés, plus ou moins formés malgré leur bonne volonté ;
- il y aurait tant et tant à dire, mais je vais arrêter là mon propos :
- les grévistes ne font pas nécessairement grève POUR EUX , mais bien pour les usagers, pour leur bien-être, pour leur sécurité, pour une société meilleure et vivable pour tous, pour que chacun de nous ait sa place, quelque soit ses moyens, son équilibre, qu’il ait sa chance,
- voilà ce que je défends, voilà pourquoi je fais grève demain !
vendredi, 16 novembre 2007
Envolée !
Une nuée d’ oiseaux sur la branche,
Fragile équilibre,
Balancier des vents échassiers,
Désir d’envol…
Laisser l’arbre s’effeuiller dans le cours de l’automne,
Le cours des choses,
Prendre essor vers des cieux plus cléments ,
Fermer les portes des rigueurs hivernales…
Malhabiles à déployer leurs ailes froissées,
Engourdies des lourdes froideurs,
Incertains d’affronter les rudesses d’un long parcours,
Les oiseaux s’ignorent migrateurs,
Ils répondent à l’appel du destin…
Envol parsemé d’embûches,
Au péril d’un ailleurs,
Ils percent les nuages de leurs légers becs,
Vaillants à l’ouvrage,
Déploient leurs forces au-delà, à l’épuisement,
A la recherche de contrées favorables,
Depuis l’aube des temps…
Les créatures les plus faibles ignorent l’exil,
Tentent de survivre, là,
Les plus hardis se meurent dans les pièges de la traversée,
Héroïques,
Le plus grand nombre parvient à point,
Et c’est là l’essentiel…
Mais rien n’a vra
iment d’importance, au fond,
Il n’est rien d’autre, non, rien d’autre
Que le parfum de la rose, au fond,
Peu m’importe bien,
Oui, peu m’importe la rose et ses épines…
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mercredi, 14 novembre 2007
Du Rap et des dégats...
Ca dé-rape ???

Comment? Nos hommes politiques ne tiennent pas leurs promesses?..M'enfin???
Pourtant, bonne gestuelle !
Et Nanard au grand coeur, la Total...

De gauche à droite, quelle jolie danse!
Eh ! Y'a même des paroles ! :
"Oh, avant l’armée j’était tarmi dans l’quartier j’ai formé l’équipe la
plus cramé, les keuf étaient alarmé, zarma on a carné les mecs les plus
shtarbé, c’rap j’n’ai pas peur de t’fumé pour m’affirmer, ensuite trois
ans ferme la prison m’a enfermé, j’ai vue ce qui m’aimaient mieux qu’a
travers d’une paire de quartier, des pleurs je vais t’épargner en
m’engageant au front j’voulais tourner la page avant qu’on m’retrouve
contourné, du Rwanda au proche orient j’me suis inspiré le Darfour m’a bien
changer des courses a carrefour, j’écris sur mon carnet le déroulement
de chaque jour, pour que tu puisse comprendre ce que j’ressens durant
mes journées, t’inquiète ..." (Paroles empruntées à SEFYU )
lundi, 12 novembre 2007
Le féminin primordial?
Une "drôle d'histoire" :
De Gaïa (Terre) et Ouranos (Ciel), l
e couple primordial, naissent les Titans, les monstres (les Cyclopes, les Hécatonchires) et les Titanides.
Parmi les Titans, Cronos qui, à la demande de sa mère, va castrer son père, Ouranos.
Cronos
, maître du ciel, épouse sa sœur Rhéa, puis il dévore ses fils de crainte d’être un jour supplanté par eux ; à l’exception de Zeus que Rhéa éloigne et cache sur le mont Ida.
Devenu adulte, Zeus oblige son père Cronos à vomir ses cinq frères engloutis qui se liguent alors pour détrôner leur père.
Dans ce combat, d’un côté Cronos, qui fait appel à ses frères, les Titans, et de l’autre, Zeus qui rallie ses forces aux Cyclopes, aux Hécatonchires et aux Géants, enfermés dans le Tartare (les Enfers).
Les Cyclopes donnent à Zeus le tonnerre, l’éclair et la foudre : Zeus sort vainqueur de ce combat mais pour consacrer définitivement la victoire des Olympiens, il doit encore affronter Typhon.
Typhon,
monstre que Gaïa a enfanté avec le Tartare personnifié, pourvu d’ailes, a les bras terminés par cent têtes de dragons et est entouré par d’énormes vipères…
Aprés une lutte sans merci où Hermès et Pan doivent intervenir pour sauver Zeus, celui-ci foudroie Typhon qui éructe des flammes et dont les secousses de l’agonie traduisent les soubresauts de l’Etna et du monstre…
Mais avant d
e disparaître, Typhon a engendré avec un monstre Echina, une abominable descendance :
Le Cerbère à trois têtes, l’Hydre de Lerne, le dragon des Hespérides, la Chimère, la Sphinge.
Zeus, en renversant les divinités primitives de la violence, a donné au monde son équilibre définitif ; il est le dieu souverain, suprême, garant de l’ordre et de la justice, tant auprès des dieux que des hommes.
Zeus aura une descendance de ses nombreuses unions avec des déesses et des femmes.
D’Alcmène, épouse d’Amphitryon, Roi de Mycènes, il aura un fils, Héraclès (Hercule) qui devra combattre l’Hydre de Lerne et le Cerbère, lors de ses « douze travaux ».
Ma petite interprètation,qui ne vaut que ce qu'elle vaut, pour en sourire :
Dans un premier temps, Cronos castre son père Ouranos, à la demande de sa mère, dans un rapport que l’on peut penser symboliquement incestueux ;
La castration se retournera contre lui puisqu’il ne pourra pas assumer sa paternité qu’il vivra comme dangereuse ;
il préférera « annuler » sa procréation en réincorporant dans sa chair ceux qui en émanent, comme pour annuler son premier geste criminel par un autre, faisant de lui un être monstrueux.
Mais, protégé par Rhéa, le fils vengeur, Zeus, l’oblige à assumer ce geste et sa paternité en lui faisant vomir ses enfants qui seront alors ses bourreaux ;
Paradoxalement, c’est en donnant la mort à Cronos que Zeus donne toute sa légitimité aux craintes de Cronos à l’égard de sa descendance…
Zeus a vengé ses frères et son grand-père dans l’accomplissement du parricide qui lui vaudra la suprématie de l’ordre et de la justice…est-ce bien moral, tout ça ?
Par ailleurs, l’on voit comment les mères instrumentalisent leurs fils, qu’il s’agisse de Gaïa avec Cronos ou de Rhéa avec Zeus, dans une relation singulière et privilégiée qu’elles utilisent comme une arme redoutable contre l’époux…
La grand-mère (à la fois maternelle et paternelle) de Zeus, Gaïa, en s’unissant aux forces obscures (Tartare) met en danger mortel Zeus qui, sans l’intervention d’Hermès (le divin Passeur de l’entre deux-mondes), aurait été vaincu par Typhon.
Les figures masculines agissent, actent le mal : la castration , la dévoration, le parricide,
tandis que les figures féminines initient le mal et le transmettent dans les générations, le portent en elles en procréant et l’instrumentalisant…
On se complète ?
vendredi, 09 novembre 2007
Si peu enfin...
Vertigineuses
solitudes
muselées,
Terres arides, stériles,
bouclées,
Croisements de mosaïques grossièrement sculptées,
Artisans habiles empêtrés dans leurs morceaux de soi,
Leurs parts de choix,
Vierges intimités à l’orée de l’âme,
Survols de territoires indicibles,
A peine effleurés,
Déjà efflanqués,
Affamés,
Oiseaux de proie,
Rôdeurs n
auséabonds,
Silence troué de cris sinistres,
Le cri de naître en silence,
De naître que soi à l’horizon désillusion,
Fosse commune à l’automne effeuillé ,
Si commune honte,
Si commune existence
Soudain dépouillée,
Vêtue de sa seule nudité,
Telle un saule pleureur,
Soumis aux vents mauvais,
Aux démons du grand nord,
Se cacher, se terrer
, immobile,
Besoin d’hiberner,
Figée dans la grande saucière…
- Mais c’est de saison,voyons !
- De saison ?… Ah ! Pardon !
08:25 Lien permanent | Commentaires (9) | Envoyer cette note
mardi, 06 novembre 2007
Bavardages...
L’animal se tait…enfin, il crie, hurle, glapit, bêle, aboit, hulule,
miaule,blatère, chante…mais il ne parle pas !!
Nous avons emprunté à la pie ses jacassements, à la poule ses caquetages, pour qualifier nos agaçantes jacasseries et babillages, futiles et assommants, propres au genre humain…
Ce que j’aime tout particulièremen
t chez l’animal, c’est ça : il ne parle pas !!
Combien de mots inutiles, perdus, avons-nous dispersés, jetés en l’air, à peine attrapés, courants d ‘air, à la volée, à peine entendus par celui ou ceux à qui ils s’adressent…
que de paroles vaines,lancées à tort et à travers,que de sottises,de billevesées stériles nous prenons un stupide plaisir à essaimer au gré des rencontres sans nous soucier de savoir si elles ennuient l’autre,celui qui subit,celui qui tend une oreille de cocker,basse,pendante, sourde à ces mots qui se déversent dans le conduit auditif tels des déchets dans le conduit du vide-ordure…
Le silence…un havre de paix !
Ne pourrions-nous penser un peu parfois avant de déverser ces flots sonores superflus et vides de sens ?
Véritables parasites des rapports humains, ces bavardages avilissants ne contribuent-ils pas davantage à provoquer l’agacement plutôt qu’à susciter l’intérêt et à favoriser les liens ?
Sont-ils inévitabl
es?
Pourquoi ce besoin ?
Communiquer avec le corps, les gestes,
Se comprendre au cœur du silence,
Echanger les regards, les déposer en l’autre tels des baisers,
Prendre le temps de s’entendre, de s’écouter,
Peser ses
mots, les dire à propos, les penser un peu,
Sans rien enlever à la spontanéité, aux bêtises, au rire,
Mais par pitié,
Taisons-nous !
Euh...Y'a quelqu'un ?
mardi, 30 octobre 2007
Break
Le Rat et les Mille vaches...
Millevaches, Mille Sources,
C’est là que je me ressource...
![]()
Un lieu-dit, Le Rat, en Corrèze, 15 habitants (environ),en pleine saison, moyenne d'âge élevée...
Sur les contreforts du Massif central, au coeur du plateau de Millevaches,
...Un petit coin de paradis,![]()
rien que le silence du vent dans les cimes,
sapins, feuillus,prairies,tourbières, landes,bruyères, genêts et gentianes,
des collines sauvageonnes sur le sol de granit et de sable...
Peu d'hommes sur ces terres, des rustiques, des robustes,
des éleveurs,
des vaches limousines, fauves, l'air "vachard", prêtes à foncer,
des moutons et des moutons,
de quoi s'endormir,
la nuit obscure et son épais silence,
oppressante,
sommeil de plomb tombé dans les demeures de pierre grise,
scandé par les heures sonnées à l'horloge,
odeurs de pommes et de suie mêlées,
J'y pars quelques jours et vous retrouverai donc avec grand plaisir dès la fin des vacances !
Youpii!!
lundi, 29 octobre 2007
Bulle...
Bulle de savon,
Dans les airs, transparence, si légère,
Son souffle dans mon cou,
Et hop ! S’envoie en l’air !
Belle envolée,
Toute ronde,
Porte l’arc en ciel en elle,
Et hop ! S’envoie en l’air !
Tient l’univers,

Toute fière,
Les couleurs du temps,
Des gris et des jaunes,
L’ombre et sa lumière,
Rien ne l’empêche,
Dérive vers son destin,
Etire ses reflets pétrole,
Tournoie la bulle,

Pleine, si pleine de nous,
Et hop ! S’envoie en l’air !
L’enfant plisse des yeux tendres,
La suit à l’envie,
S’en va en elle,
Rêves d’ouate sous un coquillage…
Silence !
Un éclat de presque rien ,

Une empreinte moite au sol,
Clouée,
S’évapore,
Plus rien…
L’enfant fait du boudin,
L’enfant plisse ses yeux tendres,
Fait sa bouche bien bien ronde,
Souffle chaud,
Recommence…
Il sautille et tape des mains,
Et hop ! S’envoie en l’air !
09:38 Lien permanent | Commentaires (7) | Envoyer cette note
samedi, 27 octobre 2007
Rituel et societé
Par son caractère invariable, le rituel réaffirme les valeurs de l’orga
nisation sociale ;
majorité, mariage, obsèques…
Ces pratiques organisées au
tour des événements de l’existence rythment son déroulement de façon symbolique, confirmant nos identités individuelles et sociales.
Le rituel est fondé sur la croyance en s
on efficacité sorte de placebo des us et coutumes, il permet d’atteindre des buts spécifiques en légitimant l’organisation d’une société, d’une entreprise …
Le rituel peut porter le savoir et le pouvoir dans des formes préétablies et spécifiques d’acquisition et de transmission des connaissances selon un « régime de vérité ».
le discours, les pratiques, s’étayent alors de moyens leur conférant leur légitimité ;

Ces symboles, que l’on retrouve autant dans les schémas d’organisation d’une société, d’un groupe social, d’une entreprise, que dans les rituels primitifs du « couteau sacrifiel » permettent de construire, selon Durkheim, « un sentiment co
llectif qui ne peut prendre conscience de lui-même qu’en se fixant sur un objet matériel ».
Il matérialise en quelque sorte le « passage », la « transmission », le concrétise en créant l’évènement et en lui donnant du crédit.
17:25 Lien permanent | Commentaires (9) | Envoyer cette note
mercredi, 24 octobre 2007
Coin du feu
Rituels funéraires
« La ritualité nous force à prendre connaissance de ce que nous savons sans y croire. »
« Dans le rituel funéraire, il s’agit de placer un tiers, le tiers d’une culture entre la mort et soi. »
Symboliser la mort pour mieux l’accepter.
Jouer symboliquement la mort, c’est la replacer dans une culture collective qui donne une
identité au défunt et retrace l’ampleur des liens tissés avec lui.
Les rites funéraires signent la rupture définitive avec le mort et le début de la mise en souvenir de son existence.
Le mort a alors un nouveau « territoire », il est « à sa place », ce qui facilite le travail de deuil.
Le rituel funéraire permet l’expression de l’angoisse liée à la mort, lui donne un sens, en situant la mort à sa place et en affirmant la vie.
Les rituels archaïques, par leur violence et
la charge dramatique qu’ils libèrent, sont l’écho de toute relation au mourant ou au mort.
Dans les sociétés africaines, violences verbales, sonores, physiques, réelles ou symboliques, mettent en acte le désordre social pour répondre au désordre subi de la mort.
Ces rituels expriment l’angoisse de mort et soulignent le passage, la rupture, « l’arrivée ici de celui qui meurt là-bas ».
Le défunt prend alors sa place dans le monde des ancêtres car la séparation d’avec lui dans le monde des vivants a pu être marquée par cette étape symbolique du rituel funéraire.
En « jouant » la mort, l’opposition naissance et mort disparaît ; elles peuvent « s’échanger » ; le symbolique devient un acte d’échange et un « rapport social qui met fin au réel » .
A l’inverse, notre monde occidental, soucieux de bonheur individuel et matériel, a écarté toute
manifestation de la matérialité de la mort en la réduisant à sa simple expression biologique et de préférence à distance : on meurt à l’hôpital…
On « écartèle » la naissance et la mort en idéalisant la naissance, ce qui nous conduit à u fatalisme absurde d’une vie perdue d’avance et vouée au déclin des corps.
F. Mitterrand, dans sa préface à « La mort intime », écrivit : « Jamais peut-être le rapport à la mort n’a été si pauvre qu’en ces temps de sécheresse spirituelle où les hommes, pressés d’exister, paraissent éluder le mystère. Ils ignorent qu’ils tarissent ainsi le goût de vivre d’une source essentielle. »
Les signes extérieurs du deuil ont disparu, la veillée au domicile est devenue rare, la morgue à l’hôpital est excentrée, les cultes
religieux sont devenus des prestations de service …
Si la plupart du temps, nous vivons comme si la mort ne nous concernait pas, nous savons qu’elle est un élément du processus vital et que peut-être on commence à mourir en naissant…
Si nous sommes abreuvés par des images médiatiques de morts violentes, spectaculaires, l’expérience de la mort « ordinaire » nous fait défaut.
Milan Kundera dans « La lenteur », écrivit ce très beau message :
« Il y a un lien secret entre la lenteur et la mémoire, entre la vitesse et l’oubli.
Evoquons une situation on ne peut plus banale : Un homme marche dans la rue ; soudain, il veut se rappeler de quelque chose, mais le souvenir lui échappe. A ce moment, machinalement, il ralentit son pas. Par contre, quelqu’un qui essaie d’oublier un incident pénible qu’il vient de vivre accélère à son insu l’allure de sa démarche comme s’il voulait vite s’éloigner de ce qui se trouve, dans le temps, trop proche de lui.(…)
Notre époque s’adonne au démon de la vitesse et c’est pour cette raison qu’elle s’oublie si facilement elle-même.(…)
Notre époque est obsédée par ce désir d’oubli et c’est afin de combler ce désir qu’elle s’adonne au démon de la vitesse ; elle accélère le pas parce qu’elle souhaite qu’on ne veuille plus se souvenir d’elle ; qu’elle se se lasse d’elle-même ; écoeurée d’elle-même ;
qu’elle veut souffler la petite flamme tremblante de la mémoire. »
-« Mourir aujourd’hui, les nouveaux rites funéraires. »Marie-Frédérique Bacqué.Edts Jacob
-« L’échange symbolique et la mort ».Jean Baudrillard..Edts Gallimard



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