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jeudi, 22 novembre 2007
Droit au logement opposable
Suite à la mobilisation médiatique des Enfants de Don Quichotte, qu’en est-il aujourd’hui du " droit au logement opposable " ?
Je vous présente un résumé du projet de décret d’application de la loi du 5 mars 2007, approuvé par son comité de suivi du 14 septembre 2007, et dont les ASH (Actualités Sociales Hebdomadaires) se sont procuré une version énoncée dans leur dossier spécial " Le logement des personnes défavorisées " d’octobre 2007 dont je résume ici les termes :
Bref historique
1990 : la loi Besson reconnaît à toute personne où famille ayant des difficultés particulières, financières ou sociales, le droit d’accéder à un logement décent et indépendant ou de s’y maintenir (Art.1er) ;
1995 : le Conseil Constitutionnel pose le principe selon lequel " la possibilité pour toute personne de disposer d’un logement décent est un objectif de valeur constitutionnelle " ;
2004 : le Haut Comité pour le logement des personnes défavorisées affirme la nécessité de reconnaître dans la loi l’opposabilité du droit au logement ;
2006 : face à la mobilisation et à l’association Les Enfants de Don Quichotte, la loi du 5 Mars 2007 instaure un droit au logement et à l’hébergement opposable, autrement dit ,la faculté pour les mal logés de pouvoir se retourner contre l’Etat pour obtenir un logement, dans le cadre d’un recours gracieux ou contentieux.
La loi prévoit sa mise en place progressive dans un délai de 5 ans, et pose
donc le principe de la garantie par l’Etat du droit à un logement décent et indépendant.
Concrètement, la procédure se déroulera en deux temps :
-d’abord, un recours amiable devant une commission départementale de médiation,
-ensuite, et si démarche n’aboutit pas au relogement, un recours contentieux dirigé contre l’Etat.
LE DROIT AU LOGEMENT OPPOSABLE
- le recours amiable
-
Une commission départementale de médiation statue sur le caractère prioritaire des demandes de logement social non satisfaites par les bailleurs sociaux ;
Une commission de médiation doit être instaurée dans chaque département avant le 1er janvier 2008.
Elle pourra être saisie par toute personne qui, satisfaisant aux conditions réglementaires d’accès à un logement locatif social (logement HLM), n’a reçu aucune proposition adaptée en réponse à sa demande de logement, dans le délai " anormalement long " fixé par arrêté préfectoral ;
La commission pourra également être saisie, et cette fois sans condition de délai, par cinq autres catégories considérées comme " les plus prioritaires ", à savoir les personnes :
-dépourvues de logement
-menacées d’expulsion
-hébergées temporaires
-logées dans des locaux insalubres ou dangereux
-logées dans des locaux suroccupés ou indécents.
Le demandeur , qui pourra être assisté par une association, au moyen d’un formulaire, précisera son identité, l’objet et le motif de son recours ainsi que ses conditions de logement ;
L’accusé de réception fera débuter le délai imparti à la commission pour rendre sa décision ;
La commission peur exiger des organismes bailleurs les informations et les motifs invoqués pour expliquer l’absence de proposition de logement ;
Dans un délai de 3 mois, elle doit désigner les demandeurs prioritaires et auxquels un logement locatif social doit être attribué en urgence ;
Elle notifie par écrit sa décision motivée à l’intéressé et transmet au préfet la liste des demandeurs prioritaires ;
Charge à ce dernier, après avis des maires des communes, de désigner chaque demandeur à un bailleur social et de fixer le délai imparti à ce bailleur pour loger l’intéressé ;
En cas d’inaction du bailleur, la préfet pourra alors procéder directement à l’attribution du logement .
-
- Le recours contentieux
Le demandeur, reconnu priorit
aire par la commission de médiation pour un relogement d’urgence, pourra introduire un recours devant la juridiction administrative s’il n’a reçu une offre de logement dans un délai de 3 à 6 mois après réception de la notification de la décision de la commission ;
Ce recours sera ouvert à partir du 1er décembre 2008 pour les " plus prioritaires ", et à partir du 1er janvier 2012 pour les autres catégories de demandeurs,délai imparti pour la construction de logements...
Le juge (président du tribunal administratif) devra statuer " en urgence " dans les 2 mois suivant sa saisine ;
S’il confirme que la demande a bien été reconnue prioritaire et qu’un logement n’a pas été attribué, il ordonne le relogement de l’intéressé par l’Etat ou …un accueil dans une structure d’hébergement, établissement de transition, foyer-logement, résidence hôtelière à vocation sociale ;
Il aura également la faculté de condamner l’Etat à une astreinte financière pour le contraindre à exécuter sa décision, astreinte dont le produit sera versé à un fonds régional d’aménagement urbain ;
Le demandeur pourra également demander une indemnisation .
LE DROIT A L’HEBERGEMENT OPPOSABLE
Créé au profit des personnes les plus défavorisées résidant de façon régulière et permanente sur le territoire français ;
En gros, même procédure que précédemment, seuls les délais changent :
Recours amiable : saisine de la commission de médiation sans condition de délai pour les demandeurs d’hébergement d’urgence ;
Transmission au préfet des dossiers prioritaires dans un délai de 6 semaines , puis recours contentieux passé ces 6 semaines, en cas d’insatisfaction,
Le juge devra ordonner dans les deux mois à l’Etat de reloger l’intéressé dans une structure d’hébergement et pourra assortir son ordonnance d’une astreinte financière…
Que de délais, de procédures, d’instances, pour dire, redire et confirmer que des pauvres gens vivent dans des conditions misérables et qu’il est nécessaire de les (re)loger,
On a l’impression d’une diffusion de la responsabilité entre Etat,communes,bailleurs sociaux, préfectures,pour diluer,augmenter les délais,face à la fois aux non-réponses institutionnelles vis à vis de la demande et aux pressions politico-médiatiques croissantes,
Sans garantie de résultat, au final, une indemnisation en fin de procédure pour tous ceux qui ne seraient pas relogés ? ?
Je ne sais pas ce que vous en pensez, et je ne voudrais pas faire, une fois encore, figure de mauvais esprit, mais ça me fait un peu penser à la B.D de Binet, les Bidochons " les assujettis sociaux "…pourvu que je me trompe !


Commentaires
oui Cat....tout ça c'est bien beau, le problème étant que vu déjà les 2 à 3 ans de délai d'attente des mal logés sur les listes de logements existants, je me demande bien comment tout va se boutiquer !
parce qu'on ne construit pas des logements par enchantement en trois jours, si bien que je me pose cette question :
ces nouveaux venus opposant leur droit au logement, vont-ils venir en priorité sur le s listes d'attente, faisant ainsi valdinguer ceux qui attendent déjà depuis deux ans, voire 3.....aux oubliettes ? ou bien vont-ils allonger ces listes en queue ?
parce qu'on peut bien pondre toutes le s lois qu'on voudra, hélas, si les moyens ne sont pas mis en place immedaitement , RIEN ne changera
et j'aimerai bien savoir de quel montant serait l'asteinte financière infligée....
parce que les structures d'hébergement il n'y en a PAS suffisament et de très loin....
Ecrit par : zigzag | jeudi, 22 novembre 2007
Bonsoir Zigzag et bienvenue !,:-)
tu as raison, et cette notion des "plus prioritaires" me laisse dubitative,
on est prioritaire ou on ne l'est pas!
les" plus dans la merde" que ceux qui y sont déja??c'est du Coluche,ma parole!
viendront-ils supplanter les listes d'attente des "un peu mais pas trop dans la merde"?
bonne question!
bien sur,il faut de vrais moyens, un véritable engagement des pouvoirs publics pour construire, et autre chose que des ghettos,c'est la seule réponse,
il faut aussi une vraie politique d'accompagnement individualisé pour ces gens très marginalisés, pour qui un toit ne constitue qu'une amorce (et pas des moindres) de réponse,
les structures d'hébergement ne devraient être que l'ultime recours, étant donné leur misère...,
Ecrit par : Cat | jeudi, 22 novembre 2007
mais la discussion de cette loi, totalement ou presque vide, s'est déroulée dans l"indiférence générale, les gens étaient passé à Hulot et on n'a pu faire pression.
Résultat, on n'est pas arrivé à ce que dans les constructions prévues en "logement social" la majorité soit du "très social" et il figure toujours les logements pour classe moyenne, on a prévu la possibilité de vendre des logements HLM au nom de la mixité (bien mais il n'est pas obligatoire de reconstruire un locatif pour chacun de ceux qui seront vendus), on n'a rien prévu en dehors d'une ridicule amende pour les collectivités locales qui ne construirait pas
Il a fallu se battre pour que les mal logés qui plaideront puissent être assisté, le droit au logement sera opposable à la commune de résidence (bien pour les villes qui ont déjà 70%de logements sociaux et peu de ressources ) etc...
Ils étaient tout de même assez conscients de ce qu'ils faisaient pour renoncer à baptiser la loi du nom de l'abbé Pierre ce qui aurait été à hurler
Ecrit par : brigetoun | jeudi, 22 novembre 2007
Faire des lois, c'est bien. Les faire appliquer c'est mieux.
Or pour construire des logements sociaux il faut une volonté politique au niveau des mairies.
Premier problème : bien souvent les maires sont souvent députés : ceux qui fabriquent les lois ne fabriquent pas les logements sur leur commune de peur de ne pas être réélus (des logements sociaux, c'est...impopulaire !).
Deuxième problème : les maires préfèrent bâtir des médiathèques, des fontaines, ou autres décorum parce que beaucoup plus visibles, beaucoup plus populaires et beaux aspirateurs de voies.
Troisième problème : les électeurs préfèrent voter pour les maires qui fabriquent des médiathèques, des fontaines et autres décorum et pour les députés qui votent de bien belles lois qui soulagent la conscience...
Ecrit par : paradox | vendredi, 23 novembre 2007
Oui, quand on est sans logis, on n'a que ça à faire. Cependant je suis d'accord pour le principe.
Ecrit par : Hagaär Dunör | vendredi, 23 novembre 2007
Merci pour ces compléments d'info,Brigetoun,
dommage en effet que la mobilisation n'ait pas été "vigilante" jusqu'au bout,
d'accord avec toi,Paradox,
j'ai souri en te lisant,
où j'habite, d'importants travaux ont été effectués autour du complexe médiathèque, dont jardin avec fontaines et jeux de lumières...
bonjour Hagär!,si tu es d'accord,moi aussi!:-)
Ecrit par : Cat | samedi, 24 novembre 2007
Je suis pour que tout le monde trouve un toit et vive décemment parce que c'est normal .
Dans mon quartier, il y a des logements sociaux et des structures d'accueil (pas assez c'est vrai) mais là n'est pas mon propos.
Des logements tout neufs ont été en quelques semaines détériorés, tagués , des dégats dans les entrées ou les escaliers et je ne peux pas tout énumérer.
Alors oui ! aux logements sociaux mais non à mes impôts qui foutent le camp en conneries. Ces logements donnés à des personnes qui sont sans emploi ou démunies. Elles devraient être reconnaissantes et en prendre soin. Non ? Alors pourquoi bousiller ce qu'on leur donne.
Si ces personnes devaient aller travailler tous les jours et payer leur loyer et payer aussi les réparations, je pense qu'il y feraient attention parce qu'ils comprendraient que ça coûte cher. Mais aucun respect, aucune valeur, que des droits et aucun devoir.
Par contre, moi qui vit seule, je suis taxée partout au maximum comme si c'était une tare et je dois me taire .
Autrement dit , je n'ai que des devoirs et très peu (ou pas) de droit.
Bonne journée Cat
Ecrit par : Lhuna/Angélique | lundi, 26 novembre 2007
Bonsoir Lhuna,
Je comprends ton point de vue, évidemment !
cela dit, l'éducation et le respect (de soi, des autres,du matériel), ça n'est pas inné et ça suppose d'avoir à faire à des gens "pas trop dégradés", ce qui n'est pas toujours le cas...
c'est pourquoi une politique de logement ne suffit pas à elle seule pour traiter des questions de la grande marginalité et de l'exclusion,
ça commence à l'école, en famille...
sinon, le risque, c'est que l'insertion sociale se fasse mal, ou pas, comme ce que tu dénonces,
et que nous le vivions comme une injustice, nous, les "petits", qui nous dépatouillons comme on peut avec ce qu'on a,
preuve qu'une politique "pompier" qui donne des réponses superficielles et mal adaptées n'a pas les résultats escomptés et renforce l'effet pervers qui consiste à monter les uns contre les autres...attention, piège! :-)
Ecrit par : Cat | lundi, 26 novembre 2007
Article republié sur Equilibre precaire http://equilibreprecaire.wordpress.com/
Ecrit par : Eric | mercredi, 28 novembre 2007
Merci Eric ! :-)
Ecrit par : Cat | mercredi, 28 novembre 2007
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